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  LAN PARTIES: Quand le serveur dormait en carton
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Les débuts (1995-1997)

Mon pseudo: Kamikazz

Au milieu des années 90, tout le monde avait un pseudo pour les LAN parties. Le mien: Kamikazz (avec deux Z pour faire plus stylé).

L'origine du pseudo:

Ça venait d'un jeu de cartes de mémoire, où il y avait "Zack". Et dans les jeux, j'étais tête brûlée - fonceur, kamikaze. Kamikazz, ça le faisait.

Les autres participants:

Les LAN parties c'était une bande de potes avec leurs pseudos:

  • Zeck - Un des piliers, toujours là
  • neo - Avant Matrix, mais le pseudo existait déjà
  • Hades - Joueur régulier, présent aux LAN
  • Et plein d'autres...

On se reconnaissait aux pseudos avant de connaître les vrais noms. Sur IRC, en LAN, c'était nos identités.

Le matériel (1995-1998)

Ce qu'on amenait à chaque LAN:

  • Tour ATX (beige obligatoire, ~15 kg)
  • Écran CRT 15 pouces (14 kg minimum, bombé devant)
  • Clavier + souris (boule PS/2, pas d'USB)
  • Carte réseau 10Mbps ISA (la 100Mbps PCI = luxe)
  • Hub 8 ports en cascade (ping 200ms dans le meilleur des cas)
  • Câbles RJ45 faits maison avec pince à sertir

Le transport:

Tout ça dans le coffre de la voiture. L'écran CRT sur le siège arrière, attaché avec la ceinture de sécurité. Fallait pas qu'il tombe.

L'écran CRT + la tour = 30 kg minimum. On avait les bras musclés.

La config réseau (manuel)

À l'époque, DHCP n'était pas automatique dans les LAN parties.

Le rituel:

  1. Tu arrives avec ton PC
  2. Tu te connectes au hub
  3. Tu demandes au "chef réseau" quelle IP prendre
  4. Tu notes sur un bout de papier
  5. Tu configures à la main dans Windows 95/98

Exemple de config typique (1997):

IP: 192.168.1.42
Netmask: 255.255.255.0
Gateway: 192.168.1.1
DNS: 192.168.1.1

Si ça marchait pas:

  1. Vérifier le câble (souvent le problème)
  2. Vérifier l'IP (conflit?)
  3. Pinguer le voisin
  4. Redémarrer Windows 95
  5. Refaire le câble RJ45 (mauvais sertissage)

Le serveur DHCP dans le carton (2000+)

Le problème

Gérer les IP à la main pour 20 personnes = galère.

Conflits d'adresses. Gens qui oublient leur config. Gens qui prennent l'IP du routeur par erreur.

Solution: Serveur DHCP automatique.

L'idée

J'avais lu un tuto Linux Magazine sur la config d'un serveur DHCP sous Debian. Ça avait l'air simple.

Prérequis:

  • Un PC qui reste allumé
  • Debian dessus
  • Package dhcpd
  • Quelqu'un qui sait le configurer (moi, théoriquement)

Le problème:

  • Pas de tour serveur (trop cher)
  • Pas envie d'immobiliser mon PC de jeu
  • Solution: recycler mon vieux Cyrix 133+

La construction

Matériel récupéré:

  • CPU: Cyrix 133+ MHz (suffisant pour DHCP)
  • RAM: 16 Mo (largement assez)
  • HDD: ~4 Go (Debian minimal = 200 Mo)
  • Carte réseau: NE2000 ISA (driver Linux natif)
  • Alimentation: AT standard

Le boîtier: un carton de déménagement

Pourquoi un carton?

  1. Pas de boîtier dispo (coût ~50€)
  2. Le carton = gratuit (récup)
  3. Aération naturelle (trous découpés)
  4. Esthétique underground

Fabrication:

  1. Découper trou pour alimentation (arrière)
  2. Découper trou pour câble réseau (côté)
  3. Poser la carte mère... directement dans le carton (pas de fixation)
  4. Des fois la carte mère était carrément sur la table
  5. Passer les câbles
  6. Coller étiquette: "SERVEUR DHCP - NE PAS RENVERSER BIÈRE"

La config Debian

Installation:

  • Debian Sarge (3.1)
  • Installation minimale (base + réseau)
  • Pas d'interface graphique (inutile)
  • SSH pour admin distant (luxe de l'époque)

Config DHCP (/etc/dhcpd.conf):

subnet 192.168.1.0 netmask 255.255.255.0 {
  range 192.168.1.100 192.168.1.150;
  option routers 192.168.1.1;
  option domain-name-servers 192.168.1.1;
  default-lease-time 3600;
  max-lease-time 7200;
}

Simple. Efficace. Ça marche.

Le test (jour de LAN)

Mise en route:

  1. Brancher serveur carton sur secteur
  2. Brancher sur hub réseau
  3. Boot Debian (2 minutes)
  4. Lancer dhcpd
  5. Attendre les clients

Résultat:

✅ Les PCs reçoivent une IP automatiquement
✅ Plus de conflits d'adresses
✅ Plus de bout de papier
✅ Le carton tient (presque toute la journée)

Le seul risque:

"Faut juste pas renverser sa bière dessus."
— Moi, à chaque LAN partie

Étonnamment, personne n'a jamais renversé de bière sur le serveur carton. Le carton a survécu 6 LAN parties.

Puis j'ai fini par acheter un vrai boîtier. Moins fun mais plus sécurisé.

Les switchs qui chauffent

Les hubs 10/100 non managés (pas encore des vrais switchs) chauffaient. Littéralement.

Test de température (méthode pro):

  1. Poser une cannette de Coca sur le hub
  2. Attendre 10 minutes
  3. Toucher la cannette:
    • Tiède = hub OK
    • Chaude = hub en surchauffe
    • Très chaude = débrancher avant qu'il crame

Méthode de refroidissement:

  • Poser le hub près d'une fenêtre ouverte
  • Mettre un ventilateur à côté (si dispo)
  • Empiler les hubs = INTERDIT (surchauffe garantie)

Pannes fréquentes:

  • Hub qui reboot tout seul (surchauffe)
  • Ports morts (condensateurs grillés)
  • Cascade qui perd des paquets (latence × 10)

Mais on s'en foutait. On jouait à Quake, le ping à 200ms c'était normal.

Les jeux (pourquoi on faisait tout ça)

Quake (1996)

LE jeu de LAN party.

  • Deathmatch en réseau local
  • Pas de lag (enfin, 50ms)
  • Rocket launcher = arme de masse destruction
  • Spawn kill = légal et encouragé

Starcraft (1998)

Le jeu de stratégie.

  • Partie à 4v4
  • Zergs rush à 6 minutes (classique)
  • Trahisons, alliances, rage quit

Age of Empires (1997)

Avant Starcraft.

  • Partie en mode free-for-all
  • Tout le monde déteste celui qui fait les catapultes
  • Partie = 3h minimum

Unreal Tournament (1999)

Après Quake.

  • Graphismes de ouf (pour l'époque)
  • Maps énormes
  • Instagib = skill pur

Le vrai objectif:

Les LAN parties c'était pas juste jouer. C'était:

  • Bidouiller le réseau
  • Optimiser les configs
  • Partager des tips
  • Apprendre Linux "en vrai"
  • Se faire des potes tech

Les leçons (20 ans après)

Ce que le serveur carton m'a appris:

  1. DHCP = confort
    (Automatiser > faire à la main)
  2. Le matos récup = viable
    (Un 486 peut être un serveur)
  3. La doc Linux = essentielle
    (man dhcpd = meilleur ami)
  4. La bidouille > l'achat
    (Carton < boîtier, mais ça marche)
  5. La passion > la perfection
    (Le serveur était moche mais fonctionnel)

Aujourd'hui (2026):

Je gère des infrastructures datacenter avec redondance N+1, monitoring 24/7, SLA 99.9%.

Mais le serveur DHCP dans le carton reste ma fierté.

"J'ai appris plus avec ce carton qu'avec 10 ans d'école d'ingé."
— Richard Demongeot